Sauvage (décor de chair n 2)
Installation/collage 03

15 Photocopies géantes colorées, collées sur les murs, au ras du sol, dans les rues...

Des personnages de papier, prenant la forme des murs sur lesquels ils sont collés, envahissent une rue, une cour.
Êtres hybrides, à mi chemin du clochard et du sauvage, ils sont ceux dont nous avons souvent évité de croiser le regard. Ceux que nous avons toujours considérés comme des « sauvages », vivant en parallèle, à la lisière de notre monde.

« ( ... ) Sans paroi de protection, sans paroles de sauvegarde, le corps sera contraint de parler le langage instinctif de l'épiderme qu'il expose avec son sexe. Et voilà comment la conscience se rapproche des organes ! L'aspiration à la sauvagerie étant un luxe qui nous condamne à presque tout oublier, on devra ici régler la pendule de sa chair à l'heure exclusive de l'émotion. Cette maitresse n'autorise aucun malentendu, avec elle, tout est clair, tout fait corps; l'idée se transfuse en mouvement, l'intelligence subit la loi de l'anatomie. Quand les états d'âme passent dans le physique, séduire devient une leçon de survie, il faut plaire pour ne pas être pris, prendre pour ne pas avoir peur. La faim, le désir, la rage ou l'impuissance nous figera sur l'instant, tous les sens en alerte, tels des chiens de chasse à l'arrêt devant la tanière inquiétante où se niche la proie. Face au danger, face à nous même, on redécouvrira le plaisir du geste élémentaire, le goût de l'attitude nécessaire, et c'est couvert d'odeurs et maculé de boue qu'on cherchera à sauver sa raison, à retrouver son nom. Qui fait la bête sait aussi faire l'ange.»

Frédéric Chaleil, 1989

 

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